Cyril Drouhet,
Commissaire d'exposition du Festival.

 

«Le développement durable répond aux besoins du présent sans compromettre la possibilité pour les générations futures de répondre à leurs propres besoins.» Cette définition des Nations Unies, acceptée de façon universelle, apparaît comme le premier socle de la reconnaissance des prises de consciences et des diagnostics en vue de l'engagement pour préparer la Terre de demain.

Parce que l'avenir de la planète est conditionné par le destin de l'humanité, c'est à l'homme de se reprendre en main, en démontrant la maîtrise de son pouvoir, en retrouvant le sens de la sagesse, en relevant les défis de l'impossible.
Alors, pour sa 5ème édition, le Festival Photo Peuples et Nature de La Gacilly a souhaité placer l'homme au coeur des images
exposées.

Parce que le Festival de La Gacilly s'engage depuis ses débuts pour défendre les valeurs de «durabilité» de notre développement, alors nous accueillons cette année des photographes qui témoignent de cette urgence à agir, et posent leur regard d'auteur sur la beauté ou les craquements de notre terre, et des peuples qui la composent.

Parce que la photographie a cette capacité particulière de mettre en évidence des réalités que nous aurions oubliées de voir, perdues de vue ou pas perçues, alors les images de «Terre, le temps de l'action» se mettent à parler : prenons le temps de regarder, de nous indigner ou d'admirer ce monde dans sa diversité ; et nous serons surpris de sa richesse, de sa puissance émotionnelle, de son énergie créatrice, de ses joyaux encore oubliés, de sa vitalité si fragile.

Dès lors, la programmation de cette 5ème édition met-elle en exergue ces peuples mis à l'écart de l'industrialisation moderne, ces sanctuaires naturels menacés, mais aussi le sursaut des hommes de bonne volonté pour enrayer une triste fatalité. Et, à l'heure où les projecteurs sont tournés vers Pékin et les Jeux Olympiques, nous avons choisi de braquer l'objectif des photographes sur cette Chine qui, paradoxalement, pourrait devenir une future puissance «verte».
Miracle économique, la Chine accumule les records en terme d'atteintes à l'environnement : cours d'eau contaminés, villes parmi les plus polluées du monde, émission de gaz à effet de serre. Et pourtant, les concepts de biodiversité, de lutte contre le changement climatique, de croissance durable sont devenus des préoccupations en Chine. Trois expositions sont consacrées à l'Empire du Milieu. L'agence Magnum, fidèle à son soutien des grands auteurs-photographes, nous propose un regard croisé sur les paysages de Chine, entre ciel et ville. L'agence Reuters, leader mondial du photojournalisme, présente, quant à elle, un état des lieux des enjeux écologiques en Chine. Une autre exposition raconte le sauvetage du panda, emblème à la fois des espèces menacées et de la Chine : Gerry Ellis et Katherine Feng dans un centre de reproduction qui permet d'enrayer la disparition de cet animal, et en écho, Hu Yimin, immergé durant six ans dans les forêts natives du panda, pour un document exceptionnel de réinsertion à la vie sauvage...

Existe-t-il encore des peuples vivant en marge de ces grands bouleversements de notre planète ? Poursuivant son travail sur les peuples autochtones, soutenu ardemment par le Festival dans cette entreprise au long cours, Pierre de Vallombreuse s'intéresse cette année au sort des Badjaos, ces nomades de la mer apatrides qui tentent péniblement de préserver leur mode de vie ancestral. Olivier Föllmi, lui, a fait voeu de révéler les Sagesses de l'Humanité. A La Gacilly, il nous fait faire étape dans une Afrique où nature et spiritualité cohabitent en toute harmonie, mettant en évidence ce lien charnel qui existe encore entre l'homme et sa terre, entre familles et paysages, entre âmes et nature.
Mondes bruts, derniers sanctuaires, nature menacée, le photographe sait aussi mettre son talent au service d'un engagement. Olivier Grunewald a observé les volcans du globe en activité : sans doute les derniers endroits de la planète où l'homme n'aura jamais sa place, un enfer majestueux où la nature règne en maître. Xavier Desmier, pour sa part, est reparti, 70 ans plus tard, sur les pas de Paul-Emile Victor. Les conséquences du réchauffement climatique ont fait fondre les glaciers et la culture Inuit disparaît peu à peu. Les images de 1937, montrées en parallèle, témoignent de cette évolution. Et qu'en est-il du fameux poumon de la planète ? Patrick Bard a remonté le fleuve Amazone. Les forêts du Brésil sont abattues au profit d'une agriculture intensive, les bois précieux sont envoyés en Europe, et l'homme ne se soucie plus de préserver ce trésor naturel. Les indiens et populations rencontrées portent les cicatrices et les stigmates de cette déstructuration. Le Festival a voulu aussi honorer le travail de l'agence Cosmos qui fête cette année ses trente ans : trois décennies d'une démarche éditoriale exigeante auprès d'auteurs photographes engagés sur le long terme dans la découverte de notre planète, de ses diversités et de ses soubresauts.

Fort heureusement, certains commencent à agir. Les «Planteurs d'arbres» disséminés à travers le village de La Gacilly, et immortalisés par Patrick Wallet, sont comme un manifeste de ce formidable enthousiasme qui parcourt la planète dans chacun de ses recoins, et dans une grande et joyeuse diversité pour reboiser la terre. De son côté, pour dénoncer ce monde animal et végétal mis à mal par l'homme, Alain Bougrain-Dubourg nous dévoile les photos qu'il a prises au cours de toutes ces années d'un engagement sans faille. Ce «Curieux de nature» a ainsi décidé d'utiliser l'image comme support de réflexion pour poursuivre la mobilisation. Et puis, pour montrer que chacun peut à son tour être un acteur de la plus belle des batailles, les photographes amateurs, nous rapportent de leurs pérégrinations un témoignage magique sur le monde de la mer.

C'est là le talent des photographes exposés à La Gacilly : accrocher notre oeil, saisir nos âmes, éveiller nos consciences. Une façon de signifier que, tous ensemble, nous pouvons passer au temps de l'action !


Cyril Drouhet
Commissaire d'exposition du Festival
Photo Nature & Paysage

 

Lire l'édito d'Auguste Coudray