À quelques kilomètres de la frontière franco-allemande, Fribourg-en-Brisgau, qui compte 207 000 habitants et un campus universitaire abritant 23 000 étudiants, est la capitale allemande de l'environnement.
L'origine remonte aux années 70 lorsque les discussions à propos de la construction de la centrale nucléaire de Whyl, à 20 kilomètres de Fribourg, ont radicalement changé la politique énergétique de la commune. Au milieu des années 1980, la ville de Fribourg a été une des premières villes allemandes à élaborer un concept de planification énergétique urbaine. Ce concept avait pour objectif de déterminer la politique énergétique communale sur dix ans. L'accent a été mis sur les énergies renouvelables et les économies d'énergie. En 1996, le conseil municipal a adopté le plan global de protection du climat, qui intègre un premier bilan et une prise en considération plus importante des aspects écologiques.
45% de l'ensemble de la demande énergétique en Europe sont représentés par les bâtiments responsables de 30% des émissions de gaz à effet de serre. Pour les pays signataires du Protocole de Kyoto, il va donc falloir réaliser de gros efforts puisqu'ils devront diviser par quatre cette demande énergétique des bâtiments en énergie primaire, ceci sur une génération, s'ils veulent respecter leurs engagements.
Les deux quartiers Vauban et Rieselfeld qui regroupent 15 000 habitants à 4 kilomètres du centre-ville de Fribourg sont des quartiers écologiques pilotes qui préfigurent ce que pourrait être l'habitat de demain.
Tous les bâtiments y sont obligatoirement à basse consommation. Une parfaite isolation, des baies vitrées (double, voire triple vitrage) orientées au sud, et un judicieux système de ventilation des logements, permettent de baisser considérablement la consommation d'énergie, qui peut tomber jusqu'à 20 ou 25 kWh au mètre carré par an, soit dix fois moins que dans un logement classique. Le peu d'énergie encore nécessaire après toutes ces économies est fourni par des énergies renouvelables. Beaucoup de bâtiments combinent capteurs solaires thermiques et solaires photovoltaïques.
L'eau chaude sanitaire est chauffée à 60% par le solaire thermique et l'électricité est fournie à hauteur de 10% par des panneaux photovoltaïques. Pour le reste, les 40% d'eau chaude et les 90% d'électricités sont fournis par le réseau électrique alimenté en partie par des centrales de cogénération, au bois et au gaz naturel, présentes dans chacun des quartiers. Mieux encore, le toit de chaque maison de la Cité solaire de Rolf Disch est entièrement constitué de panneaux solaires photovoltaïques : chaque habitation produit ainsi sur l'année, 60% d'énergie positive ; chauffage, eau chaude et électricité. Autrement dit, ces habitations produisent à l'année plus d'énergie qu'elles n'en consomment. Les habitants revendent donc les surplus.
À Fribourg, il existe un noyau de quelque 500 personnes, qui se soucient réellement d'énergie et d'avenir. Assez pour enclencher un mouvement, pour mobiliser et faire circuler les ressources financières susceptibles de créer la plus grande foire européenne aux énergies solaires, un centre de recherche sur le solaire, une usine de production de panneaux photovoltaïques, un centre de formation aux énergies alternatives pour électriciens et chauffagistes, pour installer des panneaux sur les toits de la plupart des immeubles des nouveaux quartiers, pour remodeler la mobilité dans toute la région, pour développer un tourisme intelligent basé sur l'innovation et le futur. S'allier avec les éléments naturels, faire circuler l'argent, l'investir dans des projets innovants, et surtout remettre l'Homme au centre du projet urbain : voilà sans doute le secret de Fribourg.