La programmation

6 June
 au 
30 September
2004

Edition 2004

Cette première édition du Festival International de la Photo Nature et Paysage de La Gacilly propose un florilège très ouvert des pratiques photographiques sur la nature et le paysage.
Certes, trois lignes directrices ont conduit notre choix : la nature magnifiée qui regroupe les travaux de Thibaut Cuisset, d’Arièle Bonzon, de Sanna Kannisto, d’Alain Le Toquin ; la nature révélée autour de Thierry Barbier, d’Arnaud Baumann et de Frank Horvatet enfin la nature révoltée qui offre une large place au travail de Frans Krajcberg. Mais au–delà de ces repères c’est moins un champ interprétatif qui s’est dessiné que la manifestation-même, toujours parcellaire, différée et inactuelle de la nature. Car celle-ci est un mythe c’est-à-dire un réceptacle à nos fantasmes autant que déjà une reconstruction façonnée par les paysages que l’homme a produit depuis des millénaires.
De la forêt primaire elle-même nous ne savons prélever que des vues limitées, recomposées par les choix du cadrage et de la technè photographiques. Sanna Kannisto l’a bien perçu et son travail de mise en scène d’animaux et de végétaux endémiques à ces forêts ne fait que pousser à l’extrême ce constat d’une nature artefact toujours déjà recréée par l’aménagement des territoires et par la vision singulière de l’artiste.
Ainsi chaque image de la Nature, de ses paysages n’est pas l’interprétation d’une image originelle mais la matérialisation d’un lieu et d’un temps invisibles qui vient redoubler le premier geste fondateur d’un ordre naturel à jamais perdu ou le geste second du travail de l’homme sur le paysage.
Dès lors, chaque artiste offre sa contribution unique au vaste livre d’une nature toujours à réinventer, à redéployer et son oeuvre se conjugue à celles des autres photographes afin d’agrandir le champ du réel sans espoir d’exhaustivité.
En effet, la nature est changeante d’autant plus que nous portons nous-mêmes en notre sein les stigmates de cet ordre ou programmation naturels que l’on appelle – de la naissance au dépérissement ultime – la Vie et qui nous impose le changement aussi bien physique que mental et la recherche incessante d’un équilibre instable et toujours déjà compromis.
Bien sûr, les paysages s’altèrent, se modifient ; leurs éléments prélevés ou agencés différemment proposent de nouvelles compositions mais c’est avant tout notre rapport précaire au monde qui fonde la Nature en une manifestation réitérée indéfiniment suivant les modes différents de nos perceptions.
À l’équation romantique, qui associait une description, un paysage dont la teneur symbolique reflétait un état d’âme, notre modernité a su ajouter et prendre en compte les saisons du corps.
À cet égard la dernière étape du travail de Frank Horvat sur la nature – après sa célèbre série de portraits d’arbres – qui s’attache à l’environnement immédiat de sa maison en Provence est tout à fait révélateur de cette dialectique entre l’être au monde de l’artiste et le prélèvement qu’il opère pour informer c’est-à-dire mettre en forme via la photographie «le réel».
D’une tout autre manière, Arièle Bonzon opère le même type d’alchimie où sa nature intérieure s’entremêle à celle extérieure des bouquets, où le temps subjectif et l’espace d’une vie s’unissent à la vie secrète et éphémère des fleurs ; où la composition florale se réifie photographiquement dans la recomposition fugace d’une vie.
On pourrait pour chaque artiste présenté tisser le lien original de cette dialectique à l’oeuvre, mais notre propos n’a pour seule ambition que d’aiguillonner la curiosité du spectateur afin qu’il poursuive pour lui seul dans l’intimité de son regard cette carte du tendre de la Nature dans tous ses états.
Jean-François Couvreur
Commissaire général