Présentation

George Rodger (1908-1995) : a d’abord été reporter de guerre pour le magazine Life avant d’être l’un des co-fondateurs de la prestigieuse agence Magnum en 1947.

Il a consacré une importante partie de sa vie à l’Afrique et à la société anglaise. Ses reportages sur les tribus africaines ont été publiés plusieurs fois dans le National
Geographic.

« Je devais me libérer de la saleté de la guerre, des cris des blessés, des gémissements des mourants. Je suis parti à la recherche d'un endroit dans le monde qui serait resté pur.»
Après plusieurs années à couvrir la guerre pour Life, il est le premier reporter à photographier un camp de concentration : Bergen-Belsen, avril 1945. Un traumatisme : « chercher, devant les tas et les tas de cadavres, le meilleur cadrage possible et faire entrer la mort dans des compositions photographiques ».

Il ne sera plus jamais reporter de guerre ; il quitte Life. Et s'absente de l'Europe et de ses espaces foudroyés de violence.
Ce sera l'Afrique, du Cap au Caire. Et ses tribus, oubliées des belligérants, épargnées des désastres de cette violence ultime qu'il avait saisie. Parti d'Afrique du Sud dans sa Jeep, il trace sa route vers l'Egypte, ses boitiers en bandoulière, avec pour seule urgence, celle de ne pas laisser s'abimer ses films sous la chaleur écrasante, et pour seule certitude, celle que ses images soient désormais porteuses de vie.

C'est ce que montre cette exposition qui présente ses photographies en couleur de son séjour au Soudan en 1949, document rare pour cette époque où les films difficiles à trouver, mais surtout à conserver sous ces latitudes, ont nécessité une attention particulière.

L'Angleterre aussi, parfois lui manquait ; alors il rentrait un moment. Mais peu à peu, les espaces, les éléphants, les êtres érodaient son âme d'homme blanc. Lui, l'étranger, s'est laissé glisser lentement vers eux. Par ses photographies, il voulait voir comme une première fois, et, dans cet élan, témoigner de cet appel de la rencontre au-delà des préjugés et des valeurs apprises, celui où l'on se met en exil de soi. C'est ce savoir sur eux qu'expriment ces images. Elles ont su franchir les distances entre le photographe anglais et le lutteur de Nouba Korongo ou le faiseur de pluie Latuka : elles ont dansé leurs danses, espéré leurs pluies, pleuré leurs morts. Il s'est fait discret comme un arbre, ayant appris d'eux l'art de ne pas s'imposer.

Après lui, d'autres viendraient. L'Afrique s'épuiserait dans des luttes de pouvoir, de frontières, de trafics.
Son temps était compté : il a fallu quarante ans et quinze voyages. L'Afrique qui fut sienne n'existe plus ; il ne nous en reste que ses photographies.
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