Présentation

Jérôme Gence
France • Né en 1984
Au-delà du réel, les mondes virtuels

 

Que devient une société où le seul horizon sentimental se conjugue au virtuel ? C’est ce qu’a essayé de montrer Jérôme Gence au Japon dans l’un de ses reportages. Dans ce pays, une étude de 2019 a estimé qu’environ 3,5 millions de citoyens âgés de 20 à 39 ans déclarent ressentir des sentiments amoureux pour des personnages d’animation ou de jeux vidéo. 

Autour d’eux gravite une industrie prospère : le marché des produits dérivés liés à cet univers virtuel représentait près de 6 milliards de dollars en 2023. Des agences spécialisées organisent ces cérémonies « au-delà des dimensions », attirant désormais une clientèle étrangère. 

Ce phénomène, qui paraît absurde, n’est peut-être pas si loin de se produire un jour chez nous. En France, 46 % des enfants français possèdent un smartphone avant 10 ans. Les écrans ne sont plus des outils : ils deviennent des milieux de vie. 

Le photographe Jérôme Gence ne juge jamais. Il montre pour comprendre. Depuis bientôt dix ans, il documente l’effacement progressif de la frontière entre le monde virtuel et le monde physique, ainsi que les conséquences des chevauchements de ces deux univers sur nos sociétés. Car derrière ces situations qui peuvent paraître absurdes se dessinent des questions beaucoup plus vastes, voire inquiétantes : celles de la solitude, de la pression sociale, des difficultés économiques et des sentiments de déclassement au XXIe siècle. 

À travers ces histoires, Jérôme Gence interroge un basculement : lorsque le lien social se dématérialise, que reste-t-il ? Et surtout, que devient une société qui apprend à aimer sans jamais se toucher ? « Un jour, je n’arrêtais pas de penser à ces mondes virtuels et à quel point je trouvais tout cela fou », racontait il sur la scène d’une convention du National Geographic où il intervenait. « Et j’ai compris ce que ces fans ressentent : ils savent bien sûr que ces personnages virtuels n’existent pas. Ils ne sont pas idiots. Mais grâce à eux, à ces hologrammes, leur amour durera pour toujours. » 

Force est de constater que nous sommes happés, dans notre monde d’accélération technologique, par le défilé continu d’images, de posts et de vidéos sur nos smartphones. Lever les yeux de l’écran juste un instant, cesser de scroller à l’infini, retrouver sa capacité d’attention, regagner du temps de cerveau disponible, se reconnecter au réel, autant de problématiques abordées par le travail de Jérôme Gence. Pour les jeunes générations, c’est l’avenir de la société qui est en jeu. 

 


À retrouver au Jardin du marais. 
© Jérôme Gence