Présentation
Lee Shulman, The Anonymous Project
Grande-Bretagne • Né en 1973
Horizons
« Je me représente souvent assis dans un train, le visage collé à la vitre, contemplant le paysage qui défile comme un long ruban. Je suis hypnotisé par l'horizon, cette ligne ondulante qui structure les éléments d’un décor sans cesse renouvelé. On s’attache souvent à décrire les changements qui se succèdent au premier et à l’arrière-plan mais c’est à cette ligne ininterrompue de l’horizon que s’accroche mon regard. C'est un pont réconfortant entre passé et avenir. Un trait immuable qui symbolise pourtant aussi l’imminence d’un nouveau départ. Il tranche souvent tel un couteau l’image en deux parties, qu’il renvoie dos à dos comme autant de visions du monde. »
Lee Shulman, artiste créatif et généreux, définit ainsi ce nouveau projet présenté pour la première fois à La Gacilly. Depuis dix ans, ses visions imaginaires, souvent extravagantes, ont été exposées dans les plus hauts lieux de la photographie, d’Arles à New York, en passant par Séoul et Londres.
Tout commence un peu par hasard, lorsque ce réalisateur britannique achète sur eBay une série de diapositives Kodachrome 35 mm, toutes prises par des anonymes. Saisi par ce qu’il nomme « la valeur émotionnelle de ces tranches de vie », il décide d’élargir l’audience de ces images. Il fonde en 2017 The Anonymous Project et se lance dans la constitution de l’une des plus vastes collections privées de photographies couleur amateurs du XXe siècle. Composée d’environ 800 000 diapositives Kodachrome, cet ensemble de clichés forme une incroyable mémoire collective ; des moments de vie perdus dans le temps, des images souvent drôles, surprenantes et touchantes, aussi fascinantes que saisissantes parce qu’imparfaites.
Avec Horizons, il extrait de cet océan d’archives une sélection qui dépasse la simple nostalgie. Ces lignes de fuite deviennent le fil rouge d’une narration. Elles structurent des scènes ordinaires et relient les générations qui se succèdent devant l’objectif.
L'horizon marin joue souvent sur un mode unique : une séparation monochrome entre deux éléments liés de façon inextricable. L'horizon terrestre, lui, offre souvent un contour plus dramatique et irrégulier, trompeur par rapport au calme relatif et à la stabilité qui y règnent. Le tout compose une toile de fond sur laquelle se déroulent nos existences. Ce fil tendu entre ce que nous étions et ce que nous serons. Un moyen subtil et amical de nous rappeler que nos routes cheminent toutes dans le même sens sur la trajectoire de nos vies.
À retrouver au Jardin du marais.
© Lee Shulman