Présentation

France
arton161.jpg
Finlandaise d’origine, Sanna Kannisto travaille encore aujourd’hui comme photographe à Helsinki. Elle poursuit sa démarche photographique qui consiste à « mettre la nature en studio », autant les plantes que les insectes, pour mieux capter les instants de nature.

Sanna Kannisto a débuté sa série de photographies sur la forêt amazonienne lors d’un premier voyage en 1997, suivi de trois autres jusqu’en 2001. Afin de pouvoir pénétrer au coeur de la forêt, la jeune artiste finlandaise s’est souvent jointe à des expéditions scientifiques, ce qui lui a permis de rester sur place pendant plusieurs semaines et d’explorer la faune et la flore tout en observant le travail des chercheurs. Cette série se lit comme une histoire, dont les protagonistes sont des serpents venimeux, des insectes étranges, des plantes monstrueuses… ! Une histoire naturelle parallèle, magnifique et fragile, presque irréelle. L’artiste s’y donne des airs de scientifique et mime le travail des chercheurs. Mais, en poursuivant les mêmes « pistes » qu’eux, elle nous livre une tout autre vision de ce coin de la planète où peu d’explorateurs ont pénétré ! Elle nous conte ainsi l’histoire de l’homme, toujours en quête à la fois de la connaissance et du pouvoir, qui découvre et s’approprie le monde, l’étudie et le dissèque. Face aux photographies de Sanna Kannisto, nous avons le sentiment qu’elle a trouvé le paradis – un univers à la fois miraculeux et étrange, dont elle a immortalisé singes capucins et crapauds, serpents et chauves-souris, orchidées et champignons, pour que, nous aussi, nous puissions avoir accès à ce jardin d’Eden.

Paradis éphémère, nous le savons, car l’homme est en train d’y pénétrer. Il arrive en conquérant, y marque son territoire avec de petits drapeaux, décrit les espèces, réveille les chauves-souris et guette l’intimité amoureuse des grenouilles. Il arrache l’animal à son environnement naturel pour le mesurer, le peser, l’observer.
Sanna Kannisto, elle, imite ces gestes, en invente d’autres, met en scène, crée un monde et surtout photographie.
En appliquant « sa » méthode, elle produit des images à la fois scientifiques et esthétiques qui nous émerveillent tant par leur étrangeté que par leur beauté. Et plus elle s’enfonce dans la forêt, plus elle découvre des choses inhabituelles et magnifiques, qu’elle collectionne et inscrit sur la pellicule afin de mettre en scène
pour nous, spectateurs, ce parfait tableau du paradis, tandis que derrière elle les bulldozers ronronnent et la forêt brûle. Si au début de la série le paysage domine, le travail de l’artiste évolue peu à peu vers une utilisation plus diversifiée de genres photographiques tels que le portrait, la documentation ou la mise en scène.
D’ailleurs, les références sont multiples dans l’oeuvre de Sanna Kannisto : Avedon, Blossfeld, Sander, ou même Joan Foncuberta, pour n’en citer que quelques-uns. Mais si elle s’inspire d’Avedon, c’est pour faire le portrait d’animaux. De Blossfeld, elle utilise la méthode scientifique, sans toutefois appliquer la même rigueur. Quant
à Foncuberta, certaines oeuvres de Sanna Kannisto induisent la même remise en question de la véracité des documents photographiques. De tous ces styles, l’artiste a su jouer avec une insouciance déconcertante pour créer une oeuvre complexe et pleine d’imagination.

Andrea Holzherr