Présentation
Willy Ronis
France • 1910 - 2009
Paris prend des couleurs
Le philosophe Roland Barthes disait qu’en photographie, la couleur était un enduit apposé sur la « vérité originelle » du noir et blanc. Comme si elle venait fausser, altérer l’image ; comme si elle constituait une syncope dans la phrase photographique.
Et même si Roland Barthes peut se tromper : le travail de Willy Ronis en est la preuve la plus éloquente. Personnage clé de la photographie française, grande figure de ce courant humaniste, attaché à capter ces moments délicieux de la vie quotidienne, il est connu et célébré pour son oeuvre en noir et blanc, fruit de soixante-quinze ans de déclics ininterrompus. Reste qu’il a pratiqué la couleur dès 1955 avec l’apparition du Kodachrome, cette pellicule à la texture si particulière.
Longtemps boudée au XXe siècle car considérée comme vulgaire, commerciale et indigne de la démarche artistique, la couleur chez Ronis n’est ni un prétexte ni une facilité. Elle témoigne d’une autre manière de voir le monde et de le documenter. Ses « vues de Paris » - dont quelques-unes étaient parues en 1958 avant d’être oubliées - sont ici présentées pour célébrer ce chapitre méconnu de ce monument de l’image fixe.
Dans les rues de Paris, Ronis a voulu observer la vie populaire dans toutes ses nuances - joyeuse et mélancolique, légère et grave. Il a su saisir, avec son regard si fin, la beauté simple de ses habitants et de ces petits riens qui font la poésie de la capitale. Surgissent de cette démarche des clichés grandioses qui ne sauraient nous faire regretter, ne serait-ce que l’espace d’un instant, le « Ronis traditionnel ». L’artiste lui-même le concédait : il ne connaissait rien de plus pénible que de pratiquer parallèlement, sur un même sujet, le noir et blanc et la couleur. Il craignait, dans la précipitation, de confondre les boîtiers accrochés en bandoulière.
« À comparer ces photos à ma production en noir et blanc, je n’y trouve pas de différence fondamentale », disait-il. « L’usage de la couleur n’a pas généré pour moi une manière différente de traiter les sujets abordés. Dès mes premières images, mon centre d’intérêt fut la personne humaine dans ses comportements les plus communs. J’ai pourtant abordé des sujets fort éloignés de mes préoccupations habituelles. Mais ce furent là des divertissements passagers, comme pour m’ébrouer, rien qui pût modifier mes occupations ordinaires auxquelles je suis retourné très vite, comme on retourne à la fontaine où l’on épanche régulièrement sa soif. »
Avec le soutien de la Médiathèque du Patrimoine et de la Photographie. Remerciements à Ronan Guinée, Matthieu Rivallin, Gilles Désiré dit Gosset et les équipes de la MPP.
À retrouver au Labyrinthe.
© Willy Ronis