Presentation

Raymond Depardon
France • Né en 1942
Un monde tout en couleurs

 

Dans nos rétines et nos mémoires, Raymond Depardon, c’est le noir et blanc. De ses débuts à l’agence Dalmas, puis à Gamma, enfin à Magnum, ce grand maitre du photojournalisme – l’un des plus prolifiques aussi, l’a utilisé dans son métier de reporter, de l’actualité politique aux conflits armés, des grands événements sportifs aux faits divers. Il faut dire qu’à l’instar d’un Cartier-Bresson ou d’un Robert Capa, on a toujours associé les nuances de gris à une certaine idée de rigueur et de vérité. « La grande photo, c’était le noir et blanc. Solennel. C’était comme la Légion d’honneur », déclarait Depardon encore récemment. 

En réalité, il a toujours photographié en couleurs, partout où le vent l’a poussé. Des années 1960 aux années 1980, il travaille avec deux boîtiers : l’un chargé en noir et blanc pour le reportage, l’autre en couleur, dans l’espoir de décrocher la couverture d’un grand magazine. Mais, peu à peu, la couleur devient autre chose : un espace de liberté, un terrain d’exploration personnelle, une manière différente de regarder le monde. 

À mesure que s’éloignent les contraintes du photojournalisme, le regard se décale. Les images se font plus silencieuses, plus attentives aux lieux sans événement, aux scènes ordinaires, à la lumière et aux couleurs pour elles-mêmes. Le cadre n’est plus seulement un outil professionnel, il devient un geste assumé, parfois frontal, parfois en hauteur, révélant autant le monde photographié que la présence du photographe. La photographie cesse de répondre à une commande pour s’inscrire dans une errance, une disponibilité, une curiosité renouvelée. 

Cette sélection, minutieusement réalisée par son fils Simon parmi des centaines de clichés restés dans des tiroirs, met en évidence ce passage : de l’image prise pour informer à celle prise pour regarder. 

La couleur n’y est plus un artifice ni un argument, mais le point de départ d’une photographie plus intime, affranchie du moment décisif, où le temps, la lumière et la solitude trouvent leur place. Une photographie qui ne cherche plus à prouver, mais simplement à contempler le monde. 

Raymond Depardon considère aujourd’hui ces images comme « des bonbons acidulés, des chewing-gums pastel, comme des souvenirs d’une enfance heureuse, avec toute la naïveté et l’innocence de quelque chose de pas vraiment maîtrisé ». Il a raconté la marche du monde en noir et blanc, peut-être, mais l’amour des siens et sa tendresse pour ses semblables. Il les délivre en couleur.

 


À retrouver à la Prairie. 
© Raymond Depardon