Russie
Les couleurs de l'Empire
Sergey Prokudin-Gorsky
Russie / 1863-1944

Tout paraît si moderne, si contemporain. Les photographies de Sergey Prokudin-Gorsky ont pourtant toutes été prises entre 1905 et 1915. Chimiste, membre de l’Institut Technique Impérial russe, il élabore avec son professeur Adolf Miethe une technique de séparation des couleurs qui le conduira à inventer les premières diapositives couleurs. En permettant la superposition successive de trois plaques monochromes, il parvint à resynthétiser les couleurs d’origine d’une prise de vue. Dans le sillage de la Révolution russe de 1905, il part immortaliser toutes les diversités de l’Empire. On a du mal à imaginer que ces fragments d’histoire n’ont pas subi une re-colorisation à la main. Il n’en est rien. Conservées à la Bibliothèque du Congrès de Washington, aux Etats-Unis, chacune de ces photographies, méconnues en Europe, sont présentées dans leur état original, parfaitement restauré.
Russie
L'oeil révolutionnaire du constructivisme
Alexander Rodchenko
Russie / 1891-1956


S’il se manifeste dans la philosophie et les sciences sociales, le constructivisme, dans le domaine artistique, désigne un mouvement s’intéressant à l’organisation des plans et à l’expression du volume tout en utilisant des matériels de l’époque industrielle. Il apparaît au début du XXe siècle en Russie sous l’influence d’Alexander Mikhaïlovitch Rodchenko. Né en 1891 à Saint-Pétersbourg, ce peintre, sculpteur et photographe avait plusieurs cordes à son arc. Ses premières compositions constructivistes sont exposées dès 1915 dans les manifestations avant-gardistes tandis que la Confédération des artistes peintres de Moscou lui organise sa première exposition individuelle en 1918 alors qu’il n’a pas encore 30 ans. Figure dominante de la période se situant entre la révolution de 1917 et le début de la seconde guerre mondiale en Union soviétique, il se met au service de l’idéal stalinien mais participe surtout à la création d’un nouveau langage pictural, à la mise en place de nouvelles valeurs esthétiques ainsi qu’à la remise en question de la place de l’artiste dans la société. Des innovations qui continuent d’influencer le paysage artistique actuel. Alexander Rodchenko a introduit la pensée conceptuelle dans la photographie, révolutionnant ce medium pour en faire un art à part entière.

Exposition en intérieur, accessible tous les jours de 10h à 18h
Avec le soutien du Multimedia Art Museum de Moscou.
Remerciements à sa directrice, Olga Sviblova.
République Tchèque
Invasion - Prague 68
Josef Koudelka
République Tchèque / né en 1938

1968, Josef Koudelka a trente ans. Il vient de consacrer six années à photographier les Gitans et l’univers du théâtre, mais n’a encore jamais couvert de faits d’actualité. Le Printemps de Prague lui en donne l’occasion. Dans la nuit du 21 août, les chars du pacte de Varsovie pénètrent dans la capitale tchécoslovaque. Rentré la veille de Roumanie, il photographie les événements et parvient à faire sortir ses images du pays. Elles trouvent refuge à New York et, un an plus tard, Magnum Photos diffuse son reportage en attribuant les images à un auteur anonyme pour protéger Koudelka, ce qui n’empêche pas ce dernier de recevoir le prix Robert Capa. Il ne reconnaîtra la paternité de ces images que 16 ans plus tard, une fois dissipée la menace qui pesait sur sa famille et après la mort de son père. 2019, cinquante ans ont passé depuis le Printemps de Prague et Josef Koudelka a depuis exhumé quelques 250 photographies poignantes de cet événement. Photographies parues dans l’ouvrage Invasion Prague 68 publié en 12 langues à l’occasion du 40e anniversaire du Printemps de Prague. Un témoignage sur la résilience des peuples, toujours d’actualité ; un hymne à la résistance et à ceux qui refusent l’oppression.
Une sélection exceptionnelle, inédite en France et élaborée par l’auteur sera présentée lors de cette édition du Festival Photo la Gacilly.

En collaboration avec l’agence Magnum Photos.
Russie
L'esprit slave
Sergey Maximishin
Russie / né en 1964


Il est né à Kerch, en Crimée. Cette péninsule abritant la flotte militaire russe sur les bords de la mer Noire appartenait alors à la République d’Ukraine. Jusqu’en 2014, quand la région fut rattachée à la Russie. Mais peu importe pour Sergey Maximishin d’où il vient. Il est slave avant tout. Voici bien longtemps d’ailleurs qu’il a quitté sa terre natale pour poursuivre à Léningrad (aujourd’hui Saint-Petersbourg) des études de physique. La photographie ? Elle est venue à lui par hasard au cours de son service militaire où on le propulsa reporter des armées. Depuis la chute du communisme, il n’a de cesse de photographier la schizophrénie d’un peuple, de son peuple. « La Russie est un pays sans plafond ni plancher, aime-t-il rappeler. Le génie et la bêtise, la pauvreté et la richesse, la bassesse et la noblesse, le bien et le mal ne sont pas limités dans leurs manifestations. » Il en tire ces images d’une société fière de son iconographie religieuse orthodoxe, mais pouvant tout aussi bien s’amuser de son passé stalino-marxiste : on croise dans ses photographies des hommes dénudés dans un banya traditionnel, un sosie de Lénine sur la Place Rouge, des moines sous la neige portant une icône du Christ. En Russie, on peut à la fois flirter avec la misère et les excès de la vie, mais aussi s’enfoncer dans la nostalgie ou l’anticonformisme. Voyage à la rencontre de cet esprit slave, marqué par une douce folie que ne renierait en rien Dostoïevski.
Pologne
Ukraine et Kazakhstan, le sens d'une nation
Justyna Mielnikiewicz
Pologne / née en 1973


C’est l’histoire de deux pays qui se sont émancipés de l’emprise de l’Empire soviétique pour retrouver l’âme de leurs racines. Quand, après la chute du Mur, certains pays sont restés sous l’hégémonie de la Russie, d’autres, comme l’Ukraine et le Kazakhstan, ont tenté de s’en détacher afin de retrouver ce qui compose l’ADN de leur terre et de leur peuple. « Essayer de comprendre le sens du mot nation est central dans mon travail », explique Justyna Mielnikiewicz, polonaise de naissance, géorgienne de cœur, citoyenne du monde, qui a exploré en profondeur ces deux pays limitrophes de la Russie. La photographe, membre de la jeune agence MAPS, met en exergue le brassage culturel et ethnique de ces populations qui ont vécu 70 ans dans une Union sans frontière et explore, dans le temps, ces nouvelles républiques comme des sphères d’influence en constante évolution. Autant d’éléments qui contribuent à la formation de l’identité nationale et façonnent l’essence d’une nation.
Estonie
Paysages urbains
Alexander Gronsky
Estonie / né en 1980

Se définissant lui-même comme un photographe de « paysages »,
Alexander Gronsky, originaire d’Estonie, ne manque pourtant pas de raconter des histoires dans ses travaux. Celles de vies isolées et silencieuses.
En jouant avec les perspectives, son sens de la composition et sa maîtrise des lumières lui permettent de rapprocher ses images de la peinture traditionnelle russe. Comme dans sa série Reconstruction, où il revisite les codes de la peinture guerrière en photographiant des amateurs lors des scènes de reconstitutions militaires – et ainsi recompose de grandes batailles historiques. Son autre série, The Edge, se focalise sur l’enneigement à Moscou et offre une réflexion sur l’isolement de l’être humain au sein d’un environnement urbain.

En collaboration avec la Galerie Polka, à Paris.
Russie
Restricted Areas
Danila Tkachenko
Russie / né en 1989


Plus haut, plus fort, plus performant… Les humains ont toujours tenté de posséder plus que ce qu’ils ont déjà ; d’accomplir ce qu’ils n’ont pas encore réussi. Restricted Areas est un projet artistique photographique visant à témoigner de cette pulsion humaine à vouloir parvenir à une sorte d’utopie, à vouloir atteindre la perfection via le progrès technologique. Danila Tkachenko a parcouru ces lieux bâtis sur les fondations de ce progrès technologique. Des villes secrètes qui n’apparaissent sur aucune carte ; des monuments symboles d’une puissance soviétique révolue et d’une idéologie passée mais désormais obsolète ; des théâtres de succès scientifiques oubliés. Comme les réminiscences d’un futur technocrate qui ne s’est jamais concrétisé : le jeune photographe russe immortalise ces vestiges de la marche du progrès qui s’est brutalement arrêtée.
Russie
Saint-Pétersbourg, la ville des ombres
Alexey Titarenko
Russie / né en 1962


« Alexey Titarenko ne s’intéresse pas à une action ou à un événement extérieur, mais à la mélodie d’un état intérieur. Il l’a entendue en lui-même, en se promenant dans le quartier de Kolomna, où vivaient et souffraient les héros de Dostoïevski. Les passants qui cheminent aujourd’hui sur les quais du canal Griboïedov et de la Fontanka, ou près du marché au Foin, ressemblent à ceux que pouvait rencontrer ce grand écrivain. L’obscurité diaphane, tendre et bleutée, devient omniprésente et atténue les différences entre les éléments. Elle les recouvre, les rapproche et permet ainsi une accalmie temporaire. La lumière faiblarde et l’ombre glissante se rencontrent avec harmonie et enveloppent les bâtiments, les arbres et les êtres, qui semblent unis par un mystère tragique. Nous venons de pénétrer par la musique de la mélancolie, dans le monde d’Alexey Titarenko. » C’est ainsi que le critique d’art Georges Golenki décrit le travail de ce photographe russe installé aujourd’hui à New York. Cette exposition présente deux séries complémentaires : La nomenclature des signes, des photomontages et collages réalisés par l’artiste à ses débuts avant la chute du communisme entre 1985 et 1991 ; et Ville des Ombres, un portrait onirique de Saint-Pétersbourg avec des photographies réalisées entre 1991 et 2000.

En collaboration avec la galerie Camera Obscura, à Paris.
Russie
Vivre dans le grand froid
Elena Chernyshova
Russie / née en 1981
Vivre dans le grand froid

À Norilsk, en Russie, il fait -40°C en décembre, avec 130 jours de tempêtes de neige par an. À Vyksa, dans l’oblast de Nijni Novgorod, les membres du club de natation local se baignent toute l’année dans des eaux glacées pour renforcer leur immunité. Au point le plus au nord de la traversée mythique du Nord-Est, les marins du Fedor Ushakov bravent les vents polaires et brisent la banquise pour relier Mourmansk et le cap Dejnev. Le travail d’Elena Chernyshova est un voyage au bout de la nuit ; mais c’est aussi un voyage au bout du froid. À l’heure où le réchauffement climatique bouleverse les saisons et modifie l’écosystème de notre planète, la photographe russe s’est intéressée à documenter le mode de vie de ces hommes et de ces femmes qui ont appris à vivre dans des conditions hostiles, à vivre dans le silence assourdissant du grand froid.
Pologne
Les dernières gueules noires de Pologne
Kasia Strek
Pologne / née en 1989


Elle a longtemps été considérée comme la fierté nationale de la Pologne. L’industrie minière de ce pays d’Europe de l’Est est pourtant aujourd’hui en déclin. À l’heure de la gloire du capitalisme et de l’urgence cruciale du développement des énergies propres, ces mineurs sont de moins en moins nombreux – mais toujours éminemment respectés, autant qu’un enseignant ou un médecin. 100 000 contre 400 000 en 1990, ces travailleurs de l’industrie du charbon produisent néanmoins 80 % de l’électricité du pays.
Depuis les entrailles de la terre où l’on progresse dans une chaleur étouffante en pataugeant dans la boue jusqu’aux villes de Radlin, Budryk, Bytom et ces bâtiments aux briques noircies par la pollution, la photographe polonaise Kasia Strek est partie explorer les réminiscences d’un monde en train de disparaître

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